Quelques nouvelles du Sud…

  • Arrêt par:
    – 68 DEG 09.003 S
    – 136 DEG 06.999 E
    Camp à 230 kms de Cap Prudhomme sur la trace du raid logistique (Point 106)
  • Distance parcourue: 43 kms.
  • Résumé MTO:
    – Beau temps toute la journée.
    – Température du soir: -14°C.

Les journées passent dans le Grand Blanc… Nous roulons les matins, mesurons les après-midi. Nous vérifions une fois de plus la règle qui dit que tout est beaucoup plus compliqué ici qu’ailleurs, tout prend plus de temps. C’est vrai pour la plupart des mesures de terrain, mais c’est exacerbé en Antarctique.

Nos ventres alourdis par deux semaines de cuisine de Jean-Louis à Cap Prud’Homme (encore plus pour Vincent, je préfère vous laisser imaginer le résultat), nos corps d’athlètes (si l’on oublie les ventres susmentionnés) engoncés dans nos combinaisons polaires rembourrées, nos déplacements ne sont pas aussi alertes que sur les montagnes et falaises de la région grenobloise… Le froid rend aussi des choses pourtant simples bien plus difficiles : il peut nous arriver de mettre plusieurs minutes, perché sur le toit d’un container, pour arriver à passer correctement le bout d’une sangle un peu effilochée dans le cliquet qui permettra de la tendre… Le vent, enfin, nous complique tout. Déjà, il accentue fortement la sensation de froid : un joli -10/-15°C tout à fait acceptable dans l’air très sec d’ici peut rapidement donner l’équivalent ressenti de -30/-40°C quand l’air se met à bouger, traversant les couches de vêtement non étanches. Travailler de manière statique à l’extérieur devient un peu pénible. Mais c’est sans compter que dans ce désert blanc, notre objet d’étude, la neige, aime bien jouer avec son ami le vent qui l’envoie promener dans de longues cavalcades, au ras du sol d’abord, juste pour faire joli, puis de plus en plus haut dès lors que le souffle forcit. La neige espiègle s’engouffre alors partout, dans la porte laissée ouverte le temps d’aller cherche un instrument, dans nos masques de ski, dans le moindre connecteur électrique, dans le nœud de la sangle qui retient nos caisses sur les radiers des caravanes, dans le gant qu’on a retiré cinq secondes le temps de noter une valeur sur un carnet… Bref : quel bonheur hier soir quand il est enfin tombé, épuisé… Mais quelle idée aussi, d’avoir choisi pour ce raid un endroit qui est peut être l’un des plus venté de cette planète ? Cela dit, il faut bien être honnête par moments. Les difficultés que nous rencontrons ne sont pas toutes liées aux conditions météorologiques… Certes, il nous a fallu adapter certains des instruments que nous utilisons, non prévus pour travailler aux températures négatives, aux conditions Antarctiques. Les systèmes imaginés à Grenoble ne s’avèrent pas forcément pratiques à mettre en place, ou adaptés aux installations disponibles sur nos caravanes, et il a fallu s’adapter, bricoler une solution sur place. Il en en est de même pour d’autres expériences. Malgré les mois de préparation au laboratoire, parfois même malgré les tests réalisés au cours des saisons antarctiques précédentes, cela ne marche pas toujours comme prévu, ou comme les années précédentes… Il faut alors improviser, modifier, bricoler pour réparer ou trouver une solution alternative…Chercher la perceuse dans la bonne caisse, dans une autre caravane, trouver le bon boulon, donner un petit coup de meuleuse, couper un bout de tige filetée « piquée » aux collègues mécaniciens…

Bon, rassurez-vous, il y a quand même pas mal de manips qui marchent du premier coup, comme prévu, on n’est pas des guignols quand même… Même si l’on a parfois l’impression que c’est ce que pensent les mécanos lorsqu’ils nous regardent avec un petit sourire en coin improviser complètement les quelques mesures décidées en dernière minute et que l’on n’a pas eu le temps de préparer ! D’ailleurs, eux aussi ne sont pas épargnés par les conditions antarctiques : ces quatre derniers jours, il leur a fallu changer le démarreur de la dameuse, à deux reprises le câble d’accélérateur du même tracteur, et j’en oublie… Sans compter les heures passées à faire les pleins des engins, vérifier les niveaux, les traineaux, ou encore à déglacer à la barre de fer les chenilles de la dameuse… Ils n’ont pas eu trop le loisir pour le moment de se reposer pendant nos après-midi de mesures. Pendant ce temps-là, Christophe, le médecin, assure l’entretien des caravanes et la préparation des repas, essayant de jongler avec nos horaires pour que, quand nous arrivons, les plats soient chauds, mais non brulés. Je crois qu’il a compris maintenant que quand on lui disait que c’était sûr cette fois-ci qu’on aurait tout fini à 20h, ce n’était pas la peine qu’il soit prêt avant 20h15…

En marge de nos préoccupations glaciologiques, cette histoire d’antilope des neiges continue à occuper nos esprits lors des longues heures où l’on est plus camionneurs que scientifiques. Comment ramener une preuve de l’existence de la bête ? Nos petits egos de chercheurs se prennent à rêver d’une publication dans l’illustre revue Nature, assortie de la reconnaissance universelle de nos pairs et de celle plus personnelle de nos mères… En pliant le campement ce matin, nous avons discrètement abandonné quelques morceaux de carottes de glace dans la neige, pour essayer de l’attirer…

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