Jour 6 : « Plus blanc que blanc », de quelle couleur s’agit-il ?

  • Arrêt par:
    – 68 DEG 28.880 S
    – 135 DEG 18.276 E
    Camp à 280 kms de Cap Prudhomme sur la trace du raid logistique
  • Distance parcourue: 52 kms.
  • Résumé météo:
    – Beau temps et chasse neige toute la journée.
    – Température du soir: -18°C.

Dehors les sastrugis succèdent aux sastrugis, tout semble uniforme, monotone, d’un blanc constant et pourtant…

« Antony pour Ghislain ? » crrrrrshh
« Oui Ghislain je t’écoute » crrrrshh
« On aimerait s’arrêter à proximité du point 106 car il y a des trucs bizarres
sur les images satellites, des espèces de virgules qui laissent penser à un
effet de la topographie sous-glaciaire » crshh
« oui, Ghislain, pas de soucis, s’il y a des choses étonnantes à voir, comme
une colline, alors allons y… :-)» crrsssh
« En fait que c’est suffisamment intéressant pour qu’on aille voir tous
ensemble… » crrsssh
« ok, et on se met face à la colline et on se prosterne devant dame nature aussi
? » crrsssh

Difficile de retranscrire l’excitation, parfois comique, de 5 glaciologues devant des formations de neige monotones au premier regard et qui laisseraient bon nombre de gens totalement insensibles. Certes, nous n’en arrivons pas aux larmes de joie, et ne sautons pas de nos tracteurs pour embrasser le sol mais à y regarder de près, l’évolution des surfaces neigeuses est progressive et significative. Nous y voyons des preuves d’occurrence d’accumulations de neige successives, déposées lors d’événement marqués par des vents d’orientations différentes. Quels processus y-a-t-il derrière tout ça ? Est-ce un impact plus ou moins marqué du forçage catabatique ? Est-ce lié à l’accélération de coriolis lorsque le forçage catabatique est faible ? Les questions fusent d’un tracteur à l’autre, entrecoupées du « crssssh » caractéristique de la radio… tout d’un coup, je me sens un peu astronaute, toutes proportions gardées, car je n’aurais pas la prétention de me comparer à eux… mais j’éprouve l’émotion de celui qui foule un nouveau territoire, espérant y découvrir quelque chose de mystérieux, d’un peu magique. Je me prends à rêver d’une découverte scientifique, et espère décrypter le message codé de ces sastrugis. La passion des neuf membres de notre traversée et les raisons qui nous poussent à être présents ici sont sûrement un peu similaires. Certes, notre air béat face à une mégadune ou un sastrugi fait bien sourire le chef de raid mais je sens dans son sourire une certaine complicité. Explorer, rechercher, comprendre procurent une émotion particulière, et c’est bien cela que nous venons chercher ici. Cette émotion est décuplée par l’important travail effectué en amont, depuis le questionnement original, la recherche de financement, le montage du projet, jusqu’à la réalisation de la traverse. C’est ici l’accomplissement d’années de travail. Autant dire que nous essayons de garder les yeux grands ouverts pour ne pas manquer les antilopes du ptiot (Bruno), mais aussi et surtout pour ne pas manquer notre chance, car nous ne repasserons pas ici, surtout avec une météo aussi clémente
nous permettant de regarder, voir, comprendre.

J’entends déjà bon nombre d’entre vous nous demander : « mais à quoi ça sert ?»…
Patience, il y aura bien d’autres posts mais à titre d’introduction, je préciserais ceci : L’augmentation de l’accumulation en Antarctique prévue pour la fin du 21ème siècle (15% environ) représenterait une compensation de l’élévation du niveau des mers d’environ 5 cm (15 cm en 2200). Savoir si la neige s’accumulera ou non en Antarctique n’est donc pas seulement une lubie de glaciologues rêveurs, fous ou décalés du monde réel (quoique…). Pour ce faire, il est important de comprendre où et comment cette neige s’accumule, comprendre le rôle de la topographie, de la rugosité de surface, du vent sur l’accumulation
finale. Nos constatations sur le terrain confirment que la rugosité de surface et l’accumulation de neige sont intimement liées mais il nous faudra encore bien du travail pour décrire l’influence de chaque facteur.

En commençant ce post, je jetais un regard rapide par la fenêtre et apercevais la présence d’une sorte de boîte noire posée sur la neige, là où Laurent et Ghislain effectuaient leurs mesures il y a 30 minutes. A la fin de ce post, je constate que mon coup d’oeil avait été bien trop rapide… La boîte est maintenant beaucoup plus loin à l’horizon, laissant derrière elle une trace dans la neige. Je réalise qu’il s’agit de Manu et Ghislain dans leur tracteur, partis à la découverte de la colline. A voir la taille du tracteur, je prends mieux conscience des distances ! Tout est vraiment blanc à perte de vue ! Dans cette immensité il doit bien y avoir des choses magiques à découvrir !

manu_tracteur

Ghislain et Manu lors du relevé radar autour du point d’arrêt de la caravane

 

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