Journée 20 : Vérité terrain…

Avant-hier soir, Laurent entre dans la caravane en petit pull et annonce l’air réjoui : « whaou c’est fou comme il fait bon ce soir » Ghislain, se décale de sa chaise et le regarde en riant : « oui, -19°C ! ».
Conclusion de l’expérience : le corps s’habitue vite au froid. Bien entendu, nous le ressentons encore clairement mais rester dehors n’est plus aussi coûteux pour l’organisme qu’au démarrage de notre traverse. Par contre, qu’est-ce qu’on mange ! Pour arriver à ce magnifique constat, il nous aura fallu passer 3 semaines par -20°C. Venir sur le terrain uniquement pour évaluer la capacité du corps à s’habituer au froid me paraît un peu superflu. D’ailleurs, il me semble que ce n’était pas l’objectif ultime de cette mission.

Visualiser, analyser les importants contrastes des surfaces neigeuses sur de grandes distances faisait partie des objectifs… Mais je me prends à douter, repensant aux propos d’un ancien ministre de la recherche, Mr Allègre pour les intimes, affirmant que l’ère du satellite éliminerait l’intérêt des mesures de terrain. Je me prends à songer à l’argent que nous pourrions économiser en restant chez nous, puisque les centaines de millions d’euros nécessaires à l’envoi du satellite ont déjà été investis. Sommes-nous donc inutiles dans ce
milieu froid et austère ? Sur la première partie du trajet nos observations confirmaient les informations suggérées par les satellites : la surface était rugueuse lorsque nous espérions la voir rugueuse, elle était lisse lorsque nous espérions la trouver lisse. Je me surprends à transpirer : notre ancien ministre avait-il raison ???

Arrivés à STOP3 ouf de satisfaction… rien ne va plus avec le satellite : alors que la surface devait être relativement lisse, nous tombons sur une surface très rugueuse avec des sastrugis pouvant atteindre 70 cm de haut. Une remarque semble voir le jour : sans vérité terrain, sans esprit critique sur les incertitudes, le satellite peut vite conduire à des conclusions erronées. Nous faisons aussi un autre constat : la neige en surface est beaucoup plus dure qu’avant, et se déplacer dans ce milieu met à mal les tracteurs et traineaux. Sur ce point, les satellites nous avaient en partie prévenu. Toujours-est il : le satellite récupère une information à distance, nous donne une information cruciale, mais pour la comprendre, il est indispensable de faire appel à la vérité terrain et à l’analyse des processus en surface. Je me sens donc un poil soulagé, je n’ai pas faim à cause du froid pour rien.

Il n’en reste pas moins que ces sastrugis sont durs, très durs et qu’ils ont abîmé les silent-blocs qui assurent la suspension du container -20°C que nous utiliserons pour conserver nos carottes lorsque nous descendrons à moindre altitude. Manu s’est même résigné à revoir son trajet pour les mesures radar fines autour de STOP3 car les chocs importants lors des déplacements risquaient d’endommager le tracteur, voire le chauffeur lui-même. La seconde conclusion est qu’il nous faut prendre garde à notre matériel ici.

Ce soir, je regarde dehors, et j’ai l’impression de voir la mer en furie ! j’ai une folle envie de me baigner, j’ai envie de faire un plongeon… mais avant de plonger, je devrais peut-être faire une vérification de terrain, et voir si l’eau est bonne ; ).

neige-soufflee2
La calotte est démontée!

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s