Journée 27 : imaginaire

  • Station au point STOP 5
  • Distance parcourue: 0 kms.
  • Résumé météo:
    – Beau temps.
    – Température du soir: -18°C.

Christophe : « le botulisme est un spore »
Bruno : « comme le volley ? »
Christophe : « mais il n’y en a pratiquement plus en France »
Bruno : « ah bon ? Le populisme n’existe plus en France ??? »

Ces quelques calembours apportent pas mal de bonne humeur et de franches rigolades entre nous, dans ce désert blanc. Je regarde tout autour, et j’ai du mal à imaginer 3 personnes laissées à elles-mêmes dans cette étendue, pendant toute une année. Pas un arbre, pas un animal, pas un être humain à des centaines de kilomètres. Ici, la complémentarité des personnes et la bonne entente ont dues être fondamentales et j’imagine comment C. Lorius, R. Schlich et J. Dubois  ont pu mettre en place leur travail et leur vie quotidienne, lorsque leurs camarades de traverse les ont laissés à Charcot pour hiverner… Ils étaient sûrement tellement concentrés sur ce qu’ils avaient à entreprendre que l’émotion a vite laissé la place au volontarisme et qu’ils se sont rués sur le matériel pour commencer leurs travaux. Mais je ne peux m’empêcher de penser aux rapports humains, aux rigolades, mais aussi aux petites querelles qui sont sûrement devenues des conflits lorsque que le confinement et la promiscuité étaient insoutenables. Comment s’échapper, prendre l’air ici ? Il me semble que C. Lorius s’échappait par les livres, à la lecture du guide Michelin et des petits plats qui le faisaient rêver…

J’imagine aussi comme cette absence d’échappatoire a inspiré l’imaginaire d’auteurs d’histoires fantastiques, dans lesquels les explorateurs découvrent des mondes enfouis, la statue de la liberté à moitié enneigée, un vaisseau abandonné par son équipage avec une petite bêbête qui devient grosse et mange des sastrugis et des carottes. J’imagine aussi comme certains explorateurs ont joué de cet isolement et de l’absence de regard extérieur pour rendre leurs aventures encore plus fantastiques (je pense à La Condamine et la « découverte » des Amazones). Qui sait un jour peut-être serons nous célèbres pour la découverte des Antilopes des neiges, dont personne n’ose imaginer l’existence, sauf nous…. 😉

Enfin, ce désert blanc, cet isolement où le temps s’étire me ramène aux contrastes avec notre monde ultra-urbanisé, ultra-connecté, où infos sont en continu sur les écrans, toujours à la course… Je regarde le compteur du tracteur qui affiche ses 10 km/h et je ne peux m’empêcher de penser aux 1500 mails que j’aurai à dépiler à mon retour. Certes il y aura les mails utiles, mais il y aura aussi beaucoup de superflu qui parasitera le retour. Comment ne garder l’essentiel ?  Ici, détaché des pertes de charges parasites qui rendent l’écoulement turbulent, je ne peux m’empêcher de me dire, qu’il est bon de sortir de temps en temps la tête de l’eau pour respirer, en suivant un rythme un peu en dehors du temps.

C’est sûrement le charme du désert, l’absence d’échelles spatiale et temporelle.

Vincent

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